Dossier: Quelles spiritualités
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Les nouvelles spiritualités

Introduction

Rue piétonne, au centre de Lyon. Une femme écoute attentivement la présentation de l’Évangile. Elle vient vers moi, rouge de colère, et me lance « Pourquoi parler d’un Dieu extérieur aux gens ? Vous êtes Dieu ! Je suis Dieu ! » avant de disparaître dans la foule. Cette scène aurait fait sourire il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui, des hommes très en vue de notre société vantent les mérites d’une « nouvelle spiritualité » (NS) fortement imprégnée de pensées orientales.
Françoise Champion, chargée de recherche au CNRS, les qualifie au vitriol de « nébuleuse mystique-ésotérique » :
Nébuleuse : ces mouvements n’ont pas un contour précis. Des milliers d’associations différentes, dont nul référentiel n’homogénéise les pensées (pas de Bible, de clergé ayant autorité, etc.), forment un réseau informel. Réseau dispersé, mais bien réel.
Mystique-ésotérique : l’approche du spirituel est initiatique. L’individu entre par un rituel ou une expérience initiatique dans une dimension spirituelle intangible en d’autres circonstances. Cette mystique est influencée par les conceptions orientales, modifiées au goût des Occidentaux1. Elle s’appuie parfois sur des religions païennes anciennes telles que le culte des déesses mères, le chamanisme, etc.

Mesurer l’avancée des NS en Occident est difficilement possible. Certains adeptes sont aussi membres de religions classiques. La France compte 80 % de catholiques. Pourtant, 24 % des Français déclarent croire en la réincarnation (doctrine à l’influence orientale manifeste)2. Est-ce à dire que de nombreux catholiques (ou se disant tels) croient en la réincarnation ? Et que le ¼ des Français adhère aux NS ?

Les facteurs du succès

Deux raisons expliquent la percée des NS.

La fin (l’échec) des grands systèmes

Les débats politiques du passé n’ont plus d’intérêt. La génération de l’après-guerre ne s’est pas rassasiée des « Trente Glorieuses »3, et constate la ruine des pays marxistes.
On observe une diminution de l’influence des systèmes chrétiens (catholiques), ce qui favorise la percée des NS. Cette déchristianisation est une seconde brèche. Françoise Champion constate : « La nébuleuse mystique-ésotérique est un (petit) sous-ensemble d’une vaste subculture où l’on trouve aussi bien toutes les médecines «douces», «parallèles» et les thérapies psychologiques «humanistes», «transpersonnelles», que la voyance, l’astrologie, etc. Le développement de cette subculture est lié [à la perte d’emprise accélérée des grandes institutions religieuses, et au statut actuel de la science et de la technologie]. Les deux autorités majeures en matière de contrôle des croyances, la science et les grandes institutions religieuses […] n’arrivent plus à imposer leur ligne de partage entre les croyances légitimes (orthodoxes) et les croyances illégitimes (ou hétérodoxes).4 »

La « nouvelle » science

Un nouveau type de science se profile pour justifier une nouvelle spiritualité. La science s’éprend de repères qu’elle avait un temps jugés infantiles. Elle constate ses limites. Elle ne donnera pas le sens de la vie, parce qu’elle est trop « matérielle ».
« Seulement voilà, après Einstein sont venus d’autres génies, qui minèrent la vision «classique». En inventant la mécanique quantique, Niels Bohr et l’école de Copenhague scièrent à la base toute la science, de Descartes à Einstein. Depuis 1927, le statut du réel a fondu dans un brouillard vertigineux.5 » Selon Basarab Nicolescu, physicien théoricien quantique, « il n’y a plus, selon les données actuelles sur lesquelles on peut s’appuyer, une objectivité totale ; et cela est lié à la faillite du scientisme »6.
La science importe ou exporte du spirituel ! Elle croit constater dans les NS un sage compagnon qui l’aurait même précédée.

L’expérience prime

Les croyances essentielles sont difficiles à cerner. Puisqu’il n’y a pas de référentiel, presque tout est permis. C’est ce qui est d’ailleurs reproché aux croyants des NS : « L’adepte «mystique-ésotérique» croit à diverses croyances incroyables comme les «régressions dans les vies antérieures», les «sorties hors du corps physique», les communications avec des «guides spirituels». Il faut croire aussi au pouvoir de guérison des cristaux, aux «voyages astraux» (notamment dans le passé), aux tarots, en diverses pratiques de type magique, même si chez lui, les conditions psychologiques (de concentration, d’ouverture…) nécessaires à la réussite des pratiques l’emportent sur le respect des règles purement comportementales. »7
C’est l’une des nombreuses contradictions des NS qui cherchent à légitimer leurs croyances dans la science, tout en croyant… à l’incroyable ! C’est que le vrai n’est pas conçu d’une manière objective. Il est subjectif et passe par le vécu, par l’expérience.
Pire ! L’expérience est révélatrice du vrai : « Le bouddhisme, et en particulier le bouddhisme tibétain, nous propose une vision toujours révolutionnaire à ce jour, à savoir que la vie et la mort existent dans l’esprit et nulle part ailleurs. Mais ceci est tout simplement proposé. C’est la force et l’originalité de ces enseignements qui reposent essentiellement sur l’expérimentation individuelle. Ainsi, la vérité n’est pas imposée, mais bien au contraire, elle peut être découverte par soi-même au fond de cette existence. Voilà la voie. Maintenant la question est simplement de s’y engager. »8

Que dit la Bible ?
Le Christ, Parole vivante, nous laisse une Parole écrite parfaite (2 Tim 3.16), dont la véracité ne dépend pas de la manière dont on vit son enseignement.
Une expérience ou une émotion spirituelle, même bouleversante, ne recevra pas toujours une approbation divine (Apoc 3.1). Pierre, présent lors de la transfiguration, minimise l’impact de cette expérience lorsqu’il la compare à l’enseignement prophétique qu’il prend pour « d’autant plus certain » (2 Pi 1.18-20).
Une expérience que Dieu approuve fait suite à l’appropriation d’une vérité révélée dans l’Écriture. La « naissance d’en haut » (Jean 3.3) fait suite à la confiance que l’on place en Christ pour le pardon de nos fautes. La joie du pardon suit la compréhension de la miséricorde de Dieu (Ps 51), etc.

Les croyances essentielles

Monisme / Panthéisme / Universalisme

Tout ce qui existe provient d’une seule source d’énergie divine. Tout ce qui existe est Dieu ; Dieu est tout ce qui existe. De là l’idée que l’homme est divin. La divinité n’est pas à rechercher dans des textes, ou dans les cieux. Elle est à trouver en nous-mêmes.
Puisque tout est Dieu, il n’existe qu’une réalité, difficile à cerner, mais abordable de tout côté. Aucun chemin n’est exclusif.

Que dit la Bible ?
Paul présente aux Athéniens un Dieu autonome, distinct de sa création (Act 17.24-25).
Le monde naturel révèle suffisamment l’existence d’un Dieu invisible et parfait (Rom 1.20), qui appelle les hommes à la repentance. Ceux qui refusent d’admettre son existence pour en tirer les conséquences, sont livrés à une spiritualité « folle » puisqu’en adorant la création, ils offensent le créateur (Rom 1.21-23).

Le karma / la réincarnation

Les actes bons ou mauvais forment un passif ou un actif que l’on appelle le karma(n). À la fin d’une vie, le karma détermine les punitions ou les récompenses attribuées à chaque individu, pour ses prochaines vies. Il se réincarnera immédiatement (pour les Tibétains), après 49 jours (Druzes), selon un cycle de 144 ans (Rosicruciens) ou de 1000 à 1400 ans (Théosophes). Mais l’homme meurt et renaît plusieurs fois afin de se purifier et mûrir.
Cette pensée est de plus en plus à la mode, car elle fait écho au sens de la justice de l’homme : celui qui a commis beaucoup de mal se réincarnera dans une condition difficile. Cela donne une explication rationnelle pour expliquer les inégalités fondamentales entre les hommes dès la naissance.

Que dit la Bible ?
La loi du karma s’oppose à la grâce : la première propose le paiement de nos fautes par des œuvres compensatoires, alors que le Père offre un pardon complet, puisque la dette de tout péché a été « payée » par son Fils mourant sur la croix (Héb 9.12 ; 10.10). L’homme ne peut parvenir à Dieu par ses propres efforts, mais uniquement par Christ (Tite 3.5 ; 1 Tim 2.5).
La Bible enseigne que nous ne passons qu’une seule fois sur terre — il n’y a pas de réincarnation (Héb 9.27). L’homme demeure dans son état à son décès : pécheur pardonné, il rejoint Dieu ; s’il ne s’est pas repenti, il demeure séparé de Dieu, pour toujours (Dan 12.2 ; Mat 25.46).

Les objectifs

L’éveil intérieur

La réalité est diffuse, difficilement saisissable. La vie a pour objectif de réaliser un éveil intérieur qui conduira à l’illumination. De nombreuses techniques sont proposées, de la drogue à la méditation transcendantale, en passant par le yoga ou les cercles de discussions ésotériques.
À mon sens, ce n’est pas un éveil, mais un endormissement de la volonté consciente pour un échange de valeurs, une influence des pensées et de l’esprit. Ces transformations ne sont pas neutres. Elles peuvent être dangereuses et conduire à de grands désordres psychiques. C’est une porte ouverte sur un monde ténébreux, dont le chef se présente en vêtements de lumière (voir 2 Cor 11.14)
Que dit la Bible ?
L’homme n’a aucune ressource personnelle pour découvrir la divinité. Profondément enraciné dans le péché (Rom 3.23), sa nature même est corrompue (Éph 2.1-3) et incapable même d’aspirer réellement à connaître Dieu (Rom 3.10-18). Il ne faut pas un éveil intérieur, mais un appel extérieur puissant — celui de Dieu ! — pour que l’homme découvre sa faute et la grâce que Dieu lui propose.
Le chrétien reçoit de Dieu un « équipement » suffisant pour vivre pleinement jusqu’à son arrivée dans la cité céleste. Béni de « toute bénédiction spirituelle » (Éph 1.3), ayant reçu « tout ce qui contribue à la vie et à la piété » (2 Pi 1.3), étant « scellé du Saint-Esprit » (Éph 4.30), il est qualifié pour « toute œuvre bonne » par l’application de la Parole (2 Tim 3.17). Il ne lui manque aucune expérience spirituelle en dehors de ce que l’Écriture lui propose.

Le soin du corps

Le corps reçoit une attention dévouée, notamment par le biais des médecines douces. Celles-ci sont une vitrine alléchante pour la pensée des NS. Je ne veux pas dire que ces médecines sont nécessairement mauvaises. J’observe seulement que bon nombre d’entre elles font l’apologie des NS, et y conduisent parfois.

L’œcuménisme total

Les partisans des NS œuvrent avec intensité pour rapprocher les religions humaines. Ils organisent des congrès œcuméniques pour tenter de définir les points communs et de construire une plate-forme commune à toute religion. Ils croient à l’évolution de toutes les spiritualités vers cette plate-forme commune. Un prêtre jésuite, assez proche des NS, écrit : « L’Église a à apprendre des bouddhistes et des hindouistes, du confucianisme et du taoïsme, et de l’islam et du judaïsme. »9 Cette convergence vise ainsi la création d’une seule foi…

L’entraide planétaire

Les intellectuels poussent les dirigeants politiques à créer un gouvernement mondial. Cette période, cet Âge Nouveau, est parfois appelé Nouvel Ordre Mondial, ou encore l’Ère du Verseau.
Cette mondialisation est dans l’ère du temps. Plusieurs essais d’unification planétaire (économique ou politique) ont eu lieu depuis la Deuxième Guerre mondiale. Le désir d’en finir avec la guerre et l’injustice, de répondre aux problèmes écologiques, à la faim dans le monde, engendre une passion pour la construction d’une unité planétaire. Cette envie (louable, mais si dangereuse, car éloignée des peuples) est partagée par les responsables des NS, qui apportent ici et là une contribution significative à l’ensemble.

Comment aborder les adeptes des NS ?

On peut schématiser en répartissant les adeptes en trois catégories, et adapter l’approche en conséquence.

L’initié

C’est un homme dont la foi aux NS se fonde non sur un dogme ou une doctrine lue dans les livres, mais sur un vécu profond qui a bouleversé sa vie. Cette initiation pourra être une « expérience de mort imminente » (l’individu est laissé pour mort, se voit visiter l’au-delà, et reçoit divers enseignements10), une sortie du corps lors d’une méditation transcendantale, ou sous l’effet de la drogue, une rencontre avec des esprits ou des anges. La liste n’est pas exhaustive.
Il est stérile d’argumenter sur le terrain de la réalité de l’expérience. Plus intéressant est celui de la source de l’expérience. Toutes les expériences ont-elles la même valeur ? Certaines peuvent-elles être manipulées par des éléments spirituels négatifs ? Comment distinguer entre des influences spirituelles positives et des influences spirituelles négatives ?

L’intéressé

Il a tout lu sur la question — ou presque ! Il campe au pied des rayons ésotériques des librairies, et il est prêt à traverser la France pour entendre une célébrité du milieu s’exprimer sur la spiritualité orientale. Il n’a rien vécu de fort, mais pressent qu’il y a là la réponse au sentiment de désordre qu’il connaît dans son cœur.
C’est le terrain le plus propice à l’annonce de l’Évangile, car cet homme est en recherche. Pour peu qu’il trouve un chrétien respectueux (la perception du moindre orgueil disqualifiera le messager), il sera prêt à dialoguer. L’un des points les plus importants est la question du péché. Or, la compensation du mal selon le karma est injuste et dérésponsabilisante : le mal actuel sera toujours justifié par celui d’hier — et donc inévitable. D’autre part, on ne saurait aider ceux qui souffrent — ils doivent payer. Enfin, comment oser croire que le bien paierait le mal ? Faire le bien, c’est normal, pas méritoire !

L’innocent

C’est un homme qui croit ce que la mode enseigne. Il n’a ni vécu un événement fort ni réfléchi à la question. La réincarnation ? Ça l’arrange ! Mais il ne faut pas aller plus loin.
Pour l’aborder, on retombe sur des pistes classiques de l’annonce de l’Évangile.

Pour tous

L’amour. Ce que les chrétiens vivent (parfois), peu de gens le connaissent. S’aimer entre chrétiens, aimer ceux qui affirment des choses si aberrantes, est un devoir. Une nécessité. Lorsque j’étais attaché aux NS, je trouvais les conceptions de mon ami protestant tellement obsolètes. Mais son écoute, l’amour de ses amis, ont eu raison de mes préjugés.
Le péché. Il faut oser à nouveau dire clairement que le bien et le mal sont réels et distincts. La lecture des 10 commandements ou de Matthieu 5 sont des tuteurs utiles pour prendre conscience du sérieux et de l’étendue du mal.
L’Évangile. La grâce du Christ est un « scandale », une occasion de chute, pour les adeptes des NS. Leur système favorise l’orgueil (puisqu’on parvient par soi-même aux hautes sphères spirituelles). L’Évangile exige l’humilité. Des versets tels que Hébreux 9.27-28 ou Jean 14.6 peuvent « dynamiter » les cœurs endurcis pour les conduire à l’amour de Dieu. Proclamer l’Évangile, même si on ne peut le démontrer, c’est largement suffisant pour que la semence croisse sous l’influence du Saint Esprit.
« Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment vous devez répondre à chacun. » (Col 4.6)

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  1. Malédiction pour les Hindous, la réincarnation est au contraire une bénédiction chez les Occidentaux !
  2. L’Express, n° 2378 (du 30 janvier au 5 février 1997), p. 30s.
  3. Expression qui désigne en Occident la période 1945-1975 marquée par une forte croissance économique, le plein emploi et un large accès aux outils modernes (automobile, objets ménagers, etc.). (NDLR)
  4. Françoise Champion, « Croire en l’incroyable : les nouvelles religiosités mystiques-ésotériques », Les nouvelles manières de croire, Éditions de l’atelier, 1996, p. 81-82.
  5. Patrice Van Eersel, « Nouvelle science, nouvelle spiritualité », Nouvelles Clés, fév.-mars 1994, p. 24.
  6. Basarab Nicolescu, « Un scientifique nous parle de spiritualité », Terre du Ciel, oct.-nov. 1995, p. 40.
  7. Champion, op. cit., p. 73-74.
  8. Gérard Riba, « Jouer avec l’esprit », Terre du Ciel, avr.-mai 1996, p. 37.
  9. Boulad, S.J., « Espoir et soucis de l’Église de demain », Terre du Ciel, n° 27, déc. 1994-janv. 1995, p. 46.
  10. Voir F. Varak, La réincarnation, Éditions Clé, 1994, pour une évaluation de ces phénomènes.
Dossier : Quelles spiritualités
 

Varak Florent
Florent Varak est marié et père de trois enfants. Il est pasteur et enseigne aussi à l'Institut Biblique de Genève (IBG). Florent fait partie du comité de soutien de Promesses.