Dossier: Jérémie, prophète en temps de crise
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Dieu ramène son peuple vers lui (Jérémie 31)

 

Jérémie 30 à 33 constitue une unité pleine de promesse et d’espoir. Dieu promet un rétablissement, vers une situation encore meilleure que celle dont le peuple avait joui dans le passé. Le chapitre 31 développe l’espoir d’un renouveau spirituel lié à la promesse d’une nouvelle alliance que Dieu lui-même établira.

  1. Dieu ramène son peuple vers lui parce que, en tant que père de sa nation, il l’a aimé dès l’éternité (31.1-9)

Quelle qu’ait pu être la colère de Dieu contre son peuple à cause de ses péchés, le choix de Dieu est fondé dans son propre amour pour lui dès l’éternité passée : « De loin l’Éternel se montre à moi : je t’aime d’un amour éternel ; c’est pourquoi je te conserve ma bonté. » (31.3)

Dans les premiers chapitres du livre, Israël est décrit sous la forme d’une prostituée en raison de l’apostasie spirituelle dans laquelle il était tombé : il avait abandonné son Dieu pour adorer d’autres dieux. Le prophète utilise des images très parlantes, comparant le peuple à une jument en chaleur (13.27). Les Israélites ne voulaient pas abandonner leurs idoles. Et maintenant, alors qu’il rétablit son peuple, il l’appelle : « Vierge d’Israël » (31.4 ; cf. 31.21) ! Mais comment est-il possible de retrouver sa virginité ? Dieu ne pardonne pas seulement : il permet un tout nouveau commencement. Des chrétiens qui ont été sauvés d’un arrière-plan misérable peuvent en témoigner : Dieu ne se souvient plus de leurs péchés passés.

Dieu change ensuite de métaphore pour se présenter comme le père de son peuple : « Ils viennent en pleurant, et je les conduis au milieu de leurs supplications ; je les mène vers des torrents d’eau, par un chemin uni où ils ne chancellent pas ; car je suis un père pour Israël, et Éphraïm est mon premier-né. » (31.9) La solution n’est pas dans une possible perfection, ni même dans la profondeur de sa repentance, mais dans l’éternité de l’alliance d’amour de Dieu.

  1. Dieu ramène son peuple vers lui parce que, en tant que berger de son troupeau, il le rachète d’un plus fort que lui (31.10-14)

Le berger connaît chacune de ses bêtes ; il les conduisait vers les bons pâturages, il les soignait, il les protégeait des bêtes sauvages. Le berger était le conducteur, le nourrisseur, le protecteur, le docteur. Ici, alors que son peuple a été dispersé par le jugement, Dieu est vu lui-même comme le Berger : « Celui qui a dispersé Israël le rassemblera, et il le gardera comme le berger garde son troupeau. » (31.10) Dieu est plus fort que ceux qui maintiennent le peuple en captivité : « Car l’Éternel rachète Jacob, il le délivre de la main d’un plus fort que lui. » (31.11)

Ce thème du berger revient souvent dans l’A.T. David, lui-même un berger, pouvait écrire : « L’Éternel est mon Berger. » (Ps 23.1) En tant que roi d’Israël, David était le berger du peuple ; c’était en effet une désignation courante des rois, des sacrificateurs et des prophètes. Mais, du point de vue de Dieu, David, avant d’être un « sous-berger », était d’abord lui-même une brebis. Il en est de même dans le N.T. : les responsables d’une église sont des « pasteurs » (qui est le mot tiré du latin pour désigner des « bergers ») mais ils sont sous le « grand pasteur des brebis ». Ce vocabulaire est emprunté à des textes comme celui-ci ou à Ézéchiel, un contemporain de Jérémie, vivant 1000 km à l’est, en exil : en Ézéchiel 34, Dieu se présente 25 fois comme le berger (notez tous les verbes à la première personne), avant d’annoncer : « J’établirai sur elles un seul berger, qui les fera paître, mon serviteur David ; il les fera paître, il sera leur berger. » (Éz 34.23) Et six siècles plus tard, une voix s’est fait entendre : « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. » (Jean 10.11) Et soudainement toutes ces voix qui parlaient du berger et qui annonçaient un bon berger se rejoignent en Jésus-Christ, qui est à la fois Dieu, qui vient visiter son peuple comme le berger de son troupeau, et le fils de David, qui, comme roi d’Israël, est aussi le berger de son peuple. Et c’est ce bon berger qui nous a délivrés du pouvoir de Satan, un dominateur encore plus fort que le roi de Babylone.

  1. Dieu ramène son peuple vers lui parce que, en tant que Dieu compatissant, il a pitié de son état désespéré (31.15-22)

Deux versets de cette section sont un peu compliqués à comprendre :

– « On entend des cris à Rama, des lamentations, des larmes amères ; Rachel pleure ses enfants ; elle refuse d’être consolée sur ses enfants, car ils ne sont plus. » (31.15) Rachel était la seconde épouse de Jacob, la mère de Benjamin (tribu du royaume du sud) et la grand-mère d’Éphraïm (principale tribu du royaume du nord). Rama était l’endroit où Rachel fut enterrée, près de la frontière entre les deux royaumes. L’image est ici celle de Rachel, pleurant de son tombeau ses « enfants » disparus, c’est-à-dire les fils d’Israël déportés. De façon intéressante, ce verset est cité en Matthieu 2.17-18 lorsque Hérode tua tous les bébés mâles de moins de deux ans, tandis que Jésus était emmené en Égypte. Ainsi les mères éplorées de Bethléhem prennent place dans cette longue lignée de personnes soumises à des tyrans qui les oppressent jusqu’à tuer leurs enfants. Le contexte éclaire cette citation dans le N.T. Jérémie continue : « Retiens tes pleurs, retiens les larmes de tes yeux ; car il y aura un salaire pour tes œuvres, dit l’Éternel ; ils reviendront du pays de l’ennemi. Il y a de l’espérance pour ton avenir, dit l’Éternel ; tes enfants reviendront dans leur territoire. » (31.16-17) Il y a encore de l’espoir ! Éphraïm reconnaît son péché et s’en repent (31.18-19) ; alors son Dieu l’accueille avec une immense miséricorde : « Mes entrailles sont émues en sa faveur : j’aurai pitié de lui. » (31.20) C’est ce que Dieu fera toujours.

– « L’Éternel crée une chose nouvelle sur la terre : la femme recherchera l’homme [litt. entourera l’homme fort]. » (31.22) Certains commentateurs tiennent ce verset pour le plus compliqué à comprendre du livre de Jérémie. La façon la plus naturelle de le comprendre est d’y voir une anticipation de l’union la plus étroite possible entre le peuple de Dieu (la « femme ») et Dieu lui-même (l’ « homme fort »), telle qu’elle sera décrite si puissamment dans l’Apocalypse (Apoc 19.7 ; 21.2-3).

  1. Dieu ramène son peuple vers lui parce que, en tant que Dieu libérateur, il met un terme à la captivité de son peuple et à sa lassitude (31.23-26)

Ces versets dépeignent le peuple ramené sur sa terre et dans ses villes (31.24), mais plus encore spirituellement désaltéré : « Je rafraîchirai l’âme altérée, et je rassasierai toute âme languissante. » (31.25). Là encore les parallèles avec le N.T. abondent (Mat 11.28-30 ; Jean 4.14).

  1. Dieu ramène son peuple vers lui parce que, en tant que Seigneur de l’histoire, il choisit de le construire et de lui créer une société stable (31.27-30)

Dieu maîtrise les soubresauts de l’histoire : c’est lui qui, dans sa providence, a permis la déportation du peuple comme jugement (31.28a) mais c’est aussi lui qui, dans sa miséricorde, permettra que le peuple soit rétabli dans sa bénédiction antérieure (31.28b).

  1. Dieu ramène son peuple vers lui parce que, en tant que Seigneur de l’alliance, il crée une nouvelle alliance (31.31-37)

Ce paragraphe nous amène au plus près du N.T., de Christ, de la croix. Arrêtons-nous d’abord sur l’adjectif « nouveau ». Beaucoup de commentateurs atténuent son sens en disant que l’alliance est plutôt « renouvelée », « mise à jour ». Toutefois la conclusion de la citation qu’Hébreux 8 fait de ces versets conduit à réfuter ce point de vue : « En disant : une alliance nouvelle, il a déclaré ancienne la première ; or, ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître. » (Héb 8.13) Si on lit correctement l’A.T., on trouve de nombreux textes qui annoncent l’obsolescence de l’ancienne alliance mosaïque. Cette alliance était basée sur le tabernacle, le système sacrificiel, le jour du Yom kippour, le temple, la sacrificature. Quand le peuple a été déporté, il était loin de tous ces moyens de grâce de l’ancienne alliance ; revenu dans son pays, il rebâtit un temple et rétablit les sacrifices, mais Dieu annonce qu’il va renverser cette ancienne alliance pour en instaurer une nouvelle. C’est ce que présente l’Épître aux Hébreux en détail.

Un autre exemple d’annonce d’une nouvelle alliance est le Psaume 110 où Dieu par David annonce le futur Messie qui unit la royauté et la sacrificature en une seule personne, alors que les deux étaient fermement séparés sous l’ancienne alliance. 1000 ans avant la venue de Christ, la fin de l’ancienne alliance était ainsi annoncée, puisque cette union des deux fonctions impliquait forcément une nouvelle alliance.

L’ancienne alliance a eu son importance : elle était donnée par Dieu, elle indiquait la différence entre ce qui était bien et ce qui était mal, elle instituait un système sacrificiel pour nous enseigner qu’il fallait qu’une créature perde la vie pour prendre la place du pécheur, que seul le sang expiait le péché. Mais elle n’était que temporaire, une préfiguration. Dieu n’a jamais prévu que l’ancienne alliance soit permanente. Elle contenait elle-même son obsolescence. Elle pointait vers le jour où un roi sacrificateur établirait une « nouvelle alliance ».

Dans quel sens est-elle « nouvelle » ? Parce que la précédente a été « violée » (31.32) : elle n’avait pas la capacité de transformer les cœurs. La nouvelle est établie sur des principes différents. Prenons-en les différents points en sens inverse :

– 1. « Je pardonnerai leur iniquité, et je ne me souviendrai plus de leur péché. » (31.34b) : l’ancienne alliance ne pouvait pas le faire. Il est vrai que Dieu avait prévu sous elle des sacrifices qui pouvaient pardonner les péchés des Israélites, mais ils péchaient à nouveau et devaient attendre le prochain Yom kippour pour que le grand sacrificateur fasse à nouveau aspersion du sang pour maintenir le peuple dans la faveur de Dieu. Dans un sens, ce cycle annuel de fêtes et de sacrifices était un rappel continuel de leurs péchés. Le sujet du péché n’était jamais traité définitivement. Alors, la nuit où il fut livré, le Seigneur Jésus prit la coupe et dit : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour beaucoup pour la rémission des péchés. » Et tous ceux qui connaissent leur Bible savent qu’il faisait une allusion directe à Jérémie 31, à cette annonce du pardon définitif des péchés. Plus besoin du sang de boucs du Yom kippour, des agneaux pascals : Jésus est l’Agneau de Dieu (Jean 1.29), notre Pâque (1 Cor 5.7), l’ultime et définitif sacrifice expiatoire (Héb 9.11-14). Christ est mort une fois pour toutes : tous les péchés que celui qui appartient vraiment au peuple de Dieu a commis, commet ou commettra, sont finalement traités par son sacrifice sanglant. Au milieu des manquements du peuple de Dieu, au milieu de mes propres manquements, je n’ai aucun argument plus fort que ce verset : en vertu du sang de la nouvelle alliance, je bénéficie d’un pardon total, complet, définitivement acquis.

– 2. Sous l’ancienne alliance, les prêtres étaient des médiateurs. Eux seuls pouvaient accomplir certaines fonctions et seul le grand sacrificateur pouvait entrer dans le lieu très saint. Les Lévites avaient la tâche d’enseigner la loi au peuple ; ils étaient médiateurs de la vérité divine. De même, le roi était vu comme le « fils de Dieu », le représentant de Dieu chargé d’être le médiateur de la justice et de l’autorité de Dieu. Les prophètes étaient aussi des médiateurs de la parole. Mais sous la nouvelle alliance, tout change : « Celui-ci n’enseignera plus son prochain, ni celui-là son frère, en disant : Connaissez l’Éternel ! Car tous me connaîtront, depuis le plus petit jusqu’au plus grand. » (31.34a)[1] Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’ « enseignants » dans la période actuelle, mais ils ne sont plus des médiateurs ; ils n’ont aucun statut particulier. Dieu ne donne à aucun individu une expérience unique de sa grâce pour se prévaloir d’un accès particulier à lui. Les enseignants du N.T. sont des membres du corps comme les autres. Désormais le seul et unique médiateur est Jésus-Christ (1 Tim 2.5). Chaque croyant a une connaissance particulière, immédiate et intime de Dieu liée au don du Saint-Esprit qui est l’acompte de l’âge à venir. C’est une amélioration radicale par rapport à la période précédente et une anticipation de la gloire qui doit être révélée.

– 3. « Je mettrai ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirai dans leur cœur. » Quel contraste avec ce que Dieu disait autrefois : « Jusqu’à ce jour, l’Éternel ne vous a pas donné un cœur pour comprendre, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre. » (Deut 29.4)

Telle est la nouvelle alliance. Comment est-elle assurée ? Par la stabilité des décrets de Dieu lui-même (31.35-37). Le N.T. montre que cette alliance n’est pas seulement pour Israël (du nord ou du sud), mais aussi pour nous, les païens (Héb 10.15-18). Et chaque fois que nous nous approchons de la table du Seigneur, nous entendons sa voix nous répéter : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. » (1 Cor 11.25)

[1] La réalisation complète de cette prophétie de Jérémie n’a pas encore eu lieu. En effet, elle attend la conversion nationale du peuple d’Israël (31.36 ; cf. Rom 11.26,27) et le règne terrestre de Christ (le Messie). Alors les bénédictions de cette alliance atteindront leur pleine concrétisation. (NDLR)

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Carson Donald
Donald Carson, professeur de Nouveau Testament à la Trinity Evangelical Divinity School et auteur prolifique, est un des théologiens évangéliques les plus reconnus. Parmi les dernières traductions de ses ouvrages en français, notons un commentaire de l’Évangile selon Jean et Le Dieu qui est là (dont deux chapitres traitent de l'Apocalypse).